Jacques Millet
(ancien collaborateur)

par Catherine Jacobsen

 

Jacques a travaillé chez FTPress du 1er juin 2001 au 30 avril 2002 comme directeur de projet.

Né à Verdun (Québec) en 1956, au moment où les feuilles commencent à ressembler aux écureuils roux pour mieux lancer l'été indien.

A 15 ans, dans le sous-sol de la maison familiale, il écoute à tue-tête les symphonies de Beethoven en les orchestrant avec ferveur et précision et se dit qu'il se consacrera au violon. Mais un soir de tempête de neige, le démon des humanités a dû le capturer car il se lance dans un cursus universitaire ouvrant à la biologie, la psychologie, la philosophie. Très tôt initié aux contraintes de la réalité, comme le veut l'éducation des enfants dans le Nouveau Monde (les journaux qu'il distribue à 10 ans, les pelouses qu'il tond à 12…), il devient bibliothécaire à l'université de Montréal pour assumer ses études. C'est son entrée dans l'informatique documentaire, très en pointe au Québec il y a 25 ans où il engage sa vie professionnelle.

Il sait déjà qu'il vivra à Paris, ses lectures de Mirbeau, Théophile Gautier, Huysmans, Léon Bloy le lui ont soufflé, alors il prend le temps… le temps d'écouter des cantates baroques, de terminer une licence de biologie, une autre de psychologie, une maîtrise de philosophie… Le temps d'un détour exotique par le Liban, la Syrie, la Jordanie pour se retrouver un certain mois de septembre 1981 sur le boulevard Saint Michel, convaincu que tous les Parisiens qu'il croise ont lu Lacan in extenso. Fort d'une bourse émérite que lui ont valu ses études, il va pouvoir enfin faire l'étudiant à temps complet en plein quartier latin. Mais… au détour d'un couloir universitaire, il rencontre la Française de sa vie, il lui parle cantates baroques, elle lui parle MirbeauThéophileGautierHuysmansLéonBl… alors ils se marient. Ils passent ensemble un DEA de psychologie clinique puis la vie se précipite, la thèse recule.

II entre alors dans une société de service comme analyste concepteur en recherche documentaire et se trouve aussitôt détaché à Encyclopaedia Universalis dont il devient le conseiller informatique pendant 6 années, où il se familiarise avec le fonctionnement intime d'une maison d'édition. Période au terme de laquelle il engage une mission de quelques mois auprès de CNRS Editions. Il y conçoit le catalogue électronique de la maison.

Et la thèse ? se dit-il un soir de grand froid (il trouve notre Paris polaire à côté de Montréal), oui… mais je vais en consolider la base philosophique, et il engage un deuxième DEA en la matière. Ce sera de longues soirées à méditer sur "la physiologie de l'âme" au travers d'une lecture croisée de Nietzsche et Freud, eh oui… comment la pensée prend-elle corps ? Le passage par CNRS Editions favorise sa rencontre avec François Vadrot, alors directeur de la DSI, qui l'engage comme expert dans la gestion documentaire de la production scientifique des laboratoires du CNRS. Une collaboration longue et féconde commence où l'alliance des "humanités" et des nouvelles technologies trouve son plein épanouissement. D'ailleurs (mais il faisait beau ce jour-là) François ne tarde pas à lui dire : "La thèse ? Tu la termines !" Et s'amorcent de nouveau, en plus de son activité au CNRS, en plus des colloques internationaux sur la gestion des bases de données des chercheurs auxquels il participe, deux années de nuits courtes, de week-ends besogneux où s'aiguise sa réflexion sur "l'écriture des actes de connaissance", mais que sa pratique des nouvelles technologies oriente vers une analyse de l'intelligence artificielle et de l'inconscient automate. Il soutient cette thèse (Valéry par-devers Freud), un certain mois de mars 2001 au dernier étage de la tour Jussieu ouvrant ce jour-là sur tout un Paris ensoleillé.

C'est moins de trois mois plus tard qu'il rejoint FTPress où son expertise éditoriale et sa culture projet viendront consolider les ressources de production (informatique et infographique) autour d'une offre de services rénovée. Non moins redoutable à orchestrer qu'une symphonie de Beethoven, la direction de projets à la fois techniques et éditoriaux saura le confronter aux limites harmoniques d'une jeune pousse qui lui rend bien sa passion des lettres !

Il a laissé au Québec l'accent qu'il n'a jamais eu, mais en a ramené le dicton paternel qui lui permet de temporiser les impatiences en veillant aux choses courantes "quand il neigera on pell'tera".

Son esprit est avant tout de conciliation, aussi irréductibles que soient les propositions, et même qu'un jour une jolie jeune fille lui dit "Jacques… je m'assieds près de toi car aussitôt tout dans ma tête se remet en place."

A ses heures perdues ou retrouvées, entre chien et loup, il aime par dessus tout libérer lilas, cognassiers et millepertuis de la forêt de ronces qui les emprisonnent et observer les buses arrêtées en plein ciel en se disant qu'il n'y a qu'en Bourgogne qu'elles ont toujours l'air ainsi de parler de MirbeauThéophileGau…

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